C'est au milieu des vents, au siècle dernier, que j'ai embrassé la carrière de citoyen du monde. Au ponant du continent européen, à la pointe du Finistère, j'ai posé ma vie.

La photographie s'est invitée de manière fortuite dans mon histoire. A la fin de l'adolescence elle n'est que technique, mille fois travaillée. Mon regard et mes ambitions sont alors, en conscience, désespérément dilettantes. Plus tard, avec la fantaisie des futurs qui s'inventent ou qui s'imposent, l'idée d'un matériau éloquent s'est peu à peu formalisée. Développer un chemin artistique et le construire sur le substrat photographique est devenu une aspiration véritable.

   Nous recherchons tous l'impérieuse confrontation à la beauté. Notre déambulation temporelle ne nous laisse pas de répit... Cela procède d'un usage du monde établissant une tension entre le déplacement, la photographie et le voyage intérieur.

Ce qui fonde l'essence de l'image, c'est l'acte qui la fait naître. C'est ce qui précède, c'est ce qui préside. La photographique fait l'éloge des commencements et nous situe comme les arpenteurs de nos vies. Alors, je photographie par plaisir, par paresse, par nécessité. Approcher l'indicible au travers de ce médium est une expérience salutaire, mais c'est aussi une quête infinie, une vanité.

Pierre LUCAS - février 2019